La nouvelle du mois…
C’est pour elle que j’écris, et pour moi aussi. Espérant à demi-mot qu’elle lira ces lignes, qu’elle ne se reconnaitra pas.
Ma vie est faite de nombreux de ces instants magiques. Vous savez de quoi je veux parler ? Ces moments où l’on croit que le hasard articule d’étranges arcanes en se jouant du temps. Tous nous avons vécu des moments extraordinaires. Ces histoires sont souvent remplies de toujours, de jamais, de « d’habitude » et de bien d’autres qualificatifs fort évasifs. Nous nous en souvenons, et allons même parfois jusqu’à les vivre, comme si nous n’avions pas choisies ces aventures. C’est peut-être vrai… Le moins possible toutefois dans mon système de croyances.
Je pourrais essayer de vous faire croire, de me faire croire, que c’est par pur hasard que la punkette et moi nous sommes trouvés dans le même wagon. Assis de telle sorte que bien présents dans nos champ de vision. Je me mentirai et probablement ne me croiriez-vous pas.
Elle a des cheveux blonds, trop usés pour que cette couleur soit d’origine. Un grand sac sur le dos, un pull en laine suffisamment long pour couvrir ses fesses et au-delà. Elle est jolie ? Je dirais charmante. Un grand corps fin, sans être maigre. Des rondeurs qu’elle articule avec une grâce savamment dosée… C’est là tout le charme.
Il y a deux facteurs qui déterminent le prix demandé par un ou une professionnel du sexe. Sa capacité à séduire, et le niveau de désespoir au moment de sa vie où ils déterminent son prix. Plus le désespoir est grand, moins la capacité de séduire a de la valeur. Le rapport prestataire de service, client, se monnaie sur base de l’estime qu’a le vendeur de lui-même. Le marchand et le temple se confondent. Est-ce ça qui est tellement choquant ?
Sur le quai déjà nous nous étions aperçus. Elle est arrivée une minute ou deux avant le départ du train. Affublée d’un personnage joué à la perfection. En lettres capitales sur son visage était écrit : « Comment vais-je m’en sortir ? » Nous empruntons la même porte pour embarquer et dans ma tête, c’est très clair. Si elle prend à droite, je ferais connaissance avec elle. Si elle prend à gauche, je la suivrai peut-être. Elle a choisi de prendre à droite. J’ai choisi de faire sa connaissance.
Savez-vous que le corps peut parler ? Savez-vous qu’il parle même énormément. Il est bavard plus encore que le plus intarissable puits de parole que vous connaissiez. Nos corps se parlent, ils s’entendent et se répondent, sans même, le plus souvent, que nous en soyons conscients.
Ce pull, ni trop épais ni trop fin, souligne ses courbes qu’elle sait placer dans l’espace. Ce n’en est pas moins un jeu, j’ai nommé séduction. Un jeu sans naïveté, ou très peu, tout est sous contrôle. Elle est mi punkette, mi autre chose…
comment le mot « pute » est-il devenu une insulte ? Georges Brassens se pose la même question au sujet du con dans sa chanson Le blason. Quelle drôle d’idée, faire d’un corps de métier une insulte.
Il y a de l’éducation dans ses mouvements. Un apprentissage qui se fait sur le terrain du :
« Il faut plaire pour survivre ». Impossible de savoir ce qui me fait me le dire. Elle est mi punkette, mi autre chose…
Les clients de ces prestataires de service spécifiques et particuliers sont des clients. Lubriques, vicieux, malades, rien de bien insultant. Pour peu, ce serait presque une qualité remarquable que d’aller voire une pute.
Qui elle est vraiment ? Elle l’a gardé pour elle. Nous avons durant les quelques heures passées ensembles, très peu parlé. Elle a partagé les projets qui lui tiennent à coeur, comment elle les finance, et du rêve vers lequel elle se dirige. Nous n’avons pas fait l’amour, ni même dormi ensemble. En avais-je envie ? Probablement. Cela aurait-il servit notre plus haut bien ? Peut-être. Elle est mi punkette, mi pute de luxe. De quoi est-elle coupable ? De marchander la réalisation de fantasmes de messieurs fiers d’avoir les moyens de s’offrir une marchandise réservée à l’élite ? De financer sa liberté en se privant de son corps ?
Y aurait-il en nous, quelque part, une ou un prostitué tapi, sachant jouer de son corps et de son esprit ? C’est un moyen facile d’obtenir ce que l’on désire, en s’oubliant, ou en faisant comme si. Si facile de donner à l’autre ce qu’il veut entendre pour obtenir en retour ce que nous voulons. La prochaine fois que vous entendrez ces mots honteux, pute, putain souriez, soyez heureux. Et surtout, si vous y pensez, faites une prière, envoyez de l’amour, quel que soit le moyen. Chacun selon son système de croyance. Une pensée d’amour voyage bien au-delà de ce que nous imaginons. Est-ce l’autre que nous jugeons durement ? Est-ce nous à travers l’autre ? Le reflet dans le miroir, mon prochain ? J’ai eu la chance de vivre des moments très intimes avec des prostitués des deux sexes. Je vous le demande une fois encore, si vous y pensez, envoyez-leur de l’amour. Ils en vendent, c’est le terme technique pour élider le mot sexe de ce marché. Et pourtant, ils en manquent cruellement.
La punkette est partie, effrayée, aux petites heures du matin. Un homme l’avait accueillie, l’avait écoutée. Est resté impassible lorsqu’elle lui a fait part de sa fonction dans cette société. Lui a donné l’occasion de dormir, seule, de se reposer à l’abri. Cet homme n’a rien attendu, rien. Elle est partie effrayée, sans un sourire, sans baiser. Il avait fait le choix de l’accueillir, elle ne devait rien.
Elle est mi punkette, mi pute de luxe. Elle a choisit le prix de sa liberté. Elle n’aime pas ce qu’elle fait, ainsi que le travail de manière générale, et gagne très bien sa vie. Elle se prostitue ce qu’il faut pour le reste du temps être simplement, une punkette…
Fille du nord, si malgré tout tu te reconnais, qui sait ? Mi pute de luxe, mi punkette, je te le dis, discrètement à la fin du récit. Lorsque je te regarde c’est ni la punkette, ni la pute que je vois. C’est une fée muselée, derrière ta carapace, murmurant silencieusement qu’elle t’attendra le temps qu’il faudra.
3H33 A.M.
05-12-2009
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